L’épisode actuel de canicule, depuis le 21 mai est le plus important jamais mesuré pour un mois de mai. Ce n’est pas une surprise pour les climatologues qui tirent la sonnette d’alarme depuis tant d’années : le dérèglement climatique entraîne des épisodes plus violents d’orages, d’inondations, de canicules. Ce n'est pas sorcier à comprendre, c’est scientifique.
La plupart des Français endurent cette épreuve comme ils peuvent, sans protocole ni consignes claires, bref, ils se débrouillent.
Le gouvernement est aux abonnés absents
Alors que la population attend des réponses, le Premier ministre annonce une réunion interministérielle… Au bout de sept jours. Un plan de gestion des vagues de chaleur pourrait en ressortir, sans officialisation à ce stade ! Le degré d’impréparation du gouvernement, et des services de l’État, est incroyable. Il est vrai que les politiques ne s’intéressent pas, ou si peu, au dérèglement climatique se contentant de faire de la communication lors des épisodes extrêmes. Le reste du temps, ils détricotent les mesures qui permettent d’améliorer la situation et de lutter, dans la durée, contre les effets dévastateurs de ce dérèglement, comme l’abolition des ZFE, le soutien à l'artificialisation des sols (loi ZAN remise en question) ou le retard sur les véhicules électriques...
Les parents d’élèves et tous les travailleurs exposés voient bien l’urgence, mais pas le gouvernement ni la plupart des partis politiques. L’impréparation aux vagues de chaleur fait plusieurs milliers de morts chaque année en France. Dès le début de l’épisode caniculaire, dans les zones classées vigilance orange canicule, les appels au Samu étaient en très forte hausse et les hôpitaux commençaient à être en tension ».
Sans dispositif de prévention, enseignants et élèves ont été exposés à des consignes dangereuses, émanant du ministère de l'Éducation nationale, parmi les règles transmises : “faire en sorte que les enfants puissent aller dans la cour quand leur classe est trop chaude” ! En pleine canicule, le bitume peut dépasser les 50 °C, et parce qu’ils sont plus petits, plus proches du sol, les enfants de maternelle respirent un air 10 à 15 °C plus chaud que celui d’un adulte !
Passoires thermiques en hiver, bouilloires thermiques en été
Les personnes qui occupent davantage de logements mal isolés – passoires en hiver, bouilloires en été – et sont plus sujettes aux maladies chroniques. C’est la double peine, c’est pourquoi la réhabilitation des logements classés F et G est une priorité absolue : la rénovation de l’ensemble des passoires énergétiques permettrait d’éviter des coûts de santé de près de 10 milliards d’euros par an.
La multiplication des canicules va coûter des centaines de milliards d’euros aux économies européennes.
L’assureur Allianz vient de calculer les effets des vagues de chaleur sur les pays européens d’ici à 2030 et la facture s’annonce monstrueuse : réduction de la productivité, pression sur les salaires, hausse de l’endettement public...
Illustration par un exemple simple : lundi 25 mai, la canicule a fait sentir ses premiers effets désastreux de l’année sur le réseau ferroviaire : la rupture d’une caténaire près de Lyon a causé des retards monstrueux sur l’axe Paris-Méditerranée – jusqu’à sept heures. D’autres retards moins importants ont eu lieu depuis… Une température extérieure de 40 °C, cela veut dire des rails à plus de 60 °C, une dilatation du matériel, de nouvelles fragilités reconnaît la SNCF. Que fait-on contre cela ? Installer des matériaux plus résilients tant rails que trains (le matériel roulant Corail est trop âgé, la climatisation des rames les plus anciennes ne tient pas le choc.)
Agir aujourd’hui pour nous prévenir demain
Il n’est pas possible d’inverser le dérèglement climatique aujourd’hui, il fallait prendre les bonnes mesures, qui étaient proposées par les scientifiques et tous les experts, il y a une trentaine d’année, les politiques ne l'ont pas voulu, nous en payons le prix aujourd'hui. Mais on peut agir aujourd’hui pour éviter son aggravation et protéger nos concitoyens. La clé est la décarbonation de l’économie (qui améliore notre souveraineté énergétique), et les investissements massifs dans la transformation écologique. Et en attendant, il faut s’adapter au mieux : zones de fraîcheur dans les villes, arrêt de l’artificialisation des sols, adaptation des horaires de travail et scolaire…
Les élus locaux ont un rôle de terrain à jouer pour permettre la protection de la population et organiser les réseaux de soutien, notamment pour les personnes âgées ou ceux ayant des maladies chroniques. À moyen terme, ils doivent réviser les Scot et Plui pour tenir compte des contraintes climatiques.