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Face à l’intensification des épisodes caniculaires, les collectivités territoriales se trouvent en première ligne pour protéger leurs habitants. Voici une liste, non exclusive, d'actions que l'on peut mettre en oeuvre.

Anticiper pour gérer les crises

La gestion des crises sanitaires reste primordiale, lorsqu’elles se produisent, encore faut-il s’y préparer et les anticiper en listant les actions immédiates à mener à travers un plan local (identification des personnes fragiles, appels téléphoniques, zones de fraîcheur, horaires scolaires adaptés…) et un diagnostic préalable.

Canicules : comment gérer les risques sanitaires ?

La gestion des risques sanitaires liés aux canicules repose sur un cadre réglementaire précis, détaillé dans le guide Orsec. Chaque échelon territorial dispose d’obligations spécifiques pour soutenir les populations les plus exposées. Les communes doivent ainsi maintenir leur plan communal de sauvegarde et tenir à jour le registre nominatif des personnes âgées et handicapées. Elles ont également la responsabilité de recenser les lieux climatisés ou rafraîchis – bâtiments communaux, crèches, Ehpad – et d’assurer le bon fonctionnement du réseau d’eau potable ainsi que l’accès à des points d’eau gratuits.

Météo-France, une vigilance météorologique graduée

Le dispositif national de vigilance météorologique, actif du 1er juin au 15 septembre (il devrait être étendu de mai à octobre), structure la réponse publique aux vagues de chaleur. Actualisée au moins deux fois par jour à 6h et 16h sur le site de Météo-France, la carte de vigilance utilise un code couleur pour guider l’action.

L’alerte jaune signale un pic ou un épisode persistant de chaleur, nécessitant une surveillance accrue des personnes fragiles et la limitation des activités extérieures.

L’alerte orange, qui correspond à une canicule, implique l’adoption de mesures de protection individuelle et le déclenchement de plans exceptionnels pour les services publics de soins ou de secours.

L’alerte rouge, réservée aux canicules extrêmes, déclenche des restrictions d’activités – sorties scolaires, examens, manifestations – et impose des horaires de travail adaptés. Elle peut également conduire à limiter les émissions de chaleur d’origine humaine, notamment la circulation automobile.

La nature, une alliée contre la chaleur en ville

L’urbanisme français est inadapté aux fortes chaleurs. On peut l’adapter en s’appuyant sur des solutions naturelles scientifiquement éprouvées. La végétalisation constitue l’une des clés principales pour faire baisser les températures urbaines. Un arbre équivaudrait à cinq climatiseurs, selon les études disponibles.

Tous les espaces de nature en ville – bois, parcs, jardins publics, privés ou partagés – contribuent à rafraîchir l’atmosphère, à condition de respecter certains principes d’aménagement. La réintroduction de l’eau représente un autre levier fondamental. Plans d’eau, fontaines, bassins et cours d’eau permettent de faire baisser la température de quelques degrés. Attention toutefois aux solutions trop gourmandes en eau lors des périodes de sécheresse.

Pour les petites communes, la végétalisation doit inclure des plantations en lisière de l’urbanisation, notamment des haies qui jouent aussi un rôle de protection lors des épisodes de fortes pluies.

Innovation technique et adaptation du bâti

Les solutions liées aux matériaux se multiplient, notamment afin de développer leur perméabilité et d’élever leur albédo (réflectivité du rayonnement solaire), ce qui permet de limiter le stockage de la chaleur. L’adaptation des bâtiments existants mobilise désormais l’ingénierie. Les techniques visent à favoriser l’isolation thermique, réduire les rayonnements et limiter les transferts de chaleur entre immeubles. Une solution simple et traditionnelle fait ses preuves : repeindre les toitures en blanc avec une peinture spéciale dite « cool roof », principe de base dans les pays méditerranéens. Cette méthode nécessite toutefois des précautions, notamment pour éviter les risques d’éblouissement. La végétalisation des toitures peut également renforcer l’isolation du bâti, selon les recommandations de l’Association des toitures et façades végétales.

La réglementation RE2020 transforme l’approche des constructions neuves en renforçant la notion de confort d’été. Elle introduit un nouvel indicateur, le « degré-heure », qui mesure la durée d’inconfort – soit le nombre d’heures pendant lesquelles les occupants sont exposés à de fortes températures. Si un projet dépasse le seuil fixé, l’équipe doit revoir sa conception. L’orientation des rues pour favoriser la circulation de l’air constitue également une piste d’adaptation prometteuse pour les nouveaux aménagements urbains.

L’importance du diagnostic préalable

L’enjeu de la connaissance des risques est majeur. Avant toute intervention, la phase de diagnostic s’impose comme une étape clé. Des outils spécialisés existent, comme la méthode Local Climate Zone du Cerema, qui permet de diagnostiquer les îlots de chaleur (outil en libre-service).

Cette approche peut être complétée par des analyses intégrant des scénarios d’évolution climatique, notamment via les outils « Climadiag chaleur en ville » de Météo France ou le site Facili-TACCT qui indique en un clic l’évolution du risque canicule sur un territoire donné.

Face à la multiplication des solutions (matériaux à albédo élevé, végétalisation, protection de l’eau), la question de leur combinaison optimale se pose. Certaines peuvent produire des effets contraires : la canopée d’un arbre peut aggraver le stockage de chaleur ou la pollution. La plateforme « Plus fraîche ma ville » de l’Ademe propose aux collectivités des recommandations techniques en passant au crible les avantages et inconvénients de chaque solution.

Protéger les plus vulnérables

L’adaptation aux canicules passe également par une attention particulière aux populations les plus fragiles. À l’école, cela implique de former le personnel périscolaire et les enseignants aux bons gestes, d’adapter les activités et les horaires, et d’aménager les bâtiments et les cours de récréation par la végétalisation, l’installation de préaux ombragés ou l’isolation des classes. Pour les personnes sans-abri, les collectivités doivent améliorer l’accès au logement et aux structures d’hébergement temporaire estival, garantir l’accès à l’eau et à l’hygiène, et sensibiliser les acteurs sociaux au risque caniculaire.

La protection des personnes âgées nécessite la mise en place de systèmes d’appel réguliers, des actions de sensibilisation à l’hydratation et la végétalisation des abords des Ehpad. Pour accompagner ces efforts, l’État invite les collectivités à diffuser auprès des habitants, notamment les plus vulnérables, les documents préventifs conçus par l’Agence nationale Santé publique France. Les mairies et CCAS peuvent s’appuyer sur le registre communal nominatif relatif aux personnes âgées et en situation de handicap.

Répertorier les lieux de rafraîchissement, mettre à disposition des salles climatisées et ouvrir plus tardivement les parcs sont aussi des initiatives à mettre en place.

Re-planifier l’urbanisme

L’adaptation structurelle des territoires est une action principale des collectivités territoriales avec la transcription dans les documents d’urbanisme. Il est urgent de réécrire les SCOT et PLUi en tenant compte de l’expérience des dernières années, tant 2024 pour les inondations que 2026 pour les canicules.

Végétalisation, nouveaux matériaux, isolation renforcée, orientation des bâtiments : un arsenal de solutions existe pour atténuer les effets de la chaleur. On peut agir maintenant, c'est une priorité pour protéger nos concitoyens.

Si on veut agir on peut. On n'est pas obligé de baisser les bras face au dérèglement climatique. Bien sûr en dehors des actions locales une stratégie nationale, et européenne, de décarbonation est indispensable. C'est le rôle des élus nationaux d'y veiller et de s'y impliquer.