Plus l’humain uniformise la forêt, plus elle est inflammable. Depuis le début de l’été une série d’incendies, et même un mégafeu (Aude, avec un feu de 17 000 hectares) sont à déplorer : Narbonne, Marseille, la forêt de Brocéliande, l’Aude… Il y a trois ans Landes et Bretagne. On peut, on doit agir.

En France, mais aussi en Californie, en Grèce, Espagne… toutes les conditions sont réunies pour que des feux de forêt gigantesques – et relativement inextinguibles avec les moyens dont on dispose – adviennent. Il y a un décalage immense entre la connaissance des risques et leur prévention.

Par exemple dans l’Aude, on a arraché des vignes, dont le bois brûle lentement et qui servaient de pare-feux. Si l’on ne remet rien à la place, il n’y a plus de barrière à la propagation des flammes. On plante des pins, des eucalyptus et d’autres plantes très inflammables, comme les mimosas, qui sont comme une boîte d’allumettes.

Nous sommes entrés dans une nouvelle ère des feux car les mégafeux incontrôlables, imprévisibles, très intenses se propageant de manière extrêmement rapide. Ces feux sont capables de générer leur propre climat (y compris des nuées orageuses ou des tornades).

La culture du feu disparaît

Ces événements sont à la fois en lien avec le dérèglement climatique et solidaires de la disparition de notre « culture du feu », c’est-à-dire des savoir-faire consistant à s’occuper de la forêt afin de la rendre plus résistante : gérer la quantité de combustibles, pratiquer des brûlages dirigés, éclaircir la végétation, faire des interruptions dans le couvert…

En Australie, le bush est devenu horriblement inflammable à la fois à cause de périodes de sécheresse très longues et de températures anormalement élevées, mais aussi parce que la culture aborigène a été complètement détruite. Plus la forêt s’uniformise, moins on lui prodigue de soins, plus elle est inflammable.

Le feu renvoie dos à dos les idées qu’on pourrait exercer un contrôle absolu sur la nature, et celle qu’il faudrait la sanctuariser pour la sauver. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Pour que la forêt revienne à l’identique après le passage d’un mégafeux, il faudrait entre 100 et 300 ans. Même la forêt méditerranéenne aurait besoin d’au moins 80 ans sans feu pour revenir à son état premier – car les chênes-liège et verts poussent lentement. Ce qui est détruit ne revient plus, en tout cas pas à l’échelle de la vie humaine.

L’approche technologique

Le gouvernement répond aux feux en misant sur des systèmes de surveillance satellite du sol, en commandant de nouveaux moyens aériens… Bien sûr il faut développer l’industrie qui se développe autour de la lutte contre les feux de forêt. Elle est utile pour protéger les gens et les habitations notament lors de feux controlables. Mais il faut savoir que l’on n’arrive pas à arrêter un mégafeu. Ces feux-là ne s’éteignent qu’à partir du moment où il n’y a plus rien à brûler, que la pluie tombe ou que le vent change de direction. Ils meurent de causes naturelles.

Comment réduire les risques de mégafeux ?

Nous faisons face à un cercle vicieux qui s’emballe : le réchauffement climatique contribue à générer des incendies, qui y contribuent eux-mêmes monstrueusement en émettant du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, en produisant des cendres qui se déposent sur la banquise et la font fondre… Lutter contre le réchauffement climatique c’est lutter en amont contre les risques de feux.

Il faut aussi de la prévention, qui commence avec le débroussaillage, la plantation de plantes retardatrices, l’éloignement de la végétation des habitations…

Les animaux ont aussi un rôle à jouer. Les chevreuils et sangliers éclaircissent considérablement les forêts ! On pourrait y mettre des troupeaux d’animaux domestiques, ainsi les vaches sont des animaux forestiers. Elles débroussaillent mieux que les chèvres.

Il faut aussi de la diversité : dans une forêt diversifiée, un arbre malade ne va pas forcément contaminer tous les autres, et donc produire une masse de matière sèche. Un écosystème, c’est toujours une multitude d’interactions entre un foisonnement d’êtres très différents. Il faut tendre vers cela, au lieu de chercher la pureté, l’uniformité, l’homogénéité, l’unité.

Une politique de la forêt s'impose, elle se heurte au morcellement des propriétés, il faut une loi permettant la gestion par l'ONF des forêts non gérés par les propriétaires (qui ont abandonné les parcelles trop petites à gérer).

Profitons du répit que nous avons en Eure et Loir pour que les pouvoirs publics renforcent le SDIS et mettent en place une politique de gestion des fprêts.