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Quatre personnalités appellent le Premier ministre et les candidats à la présidentielle à décréter l’urgence climatique pour intégrer systématiquement la lutte contre le dérèglement climatique dans chaque décision publique.

Les points principaux de l’appel.

  • Yann Arthus-Bertrand, Pierre Hurmic, Jean Jouzel et Laurence Tubiana demandent au gouvernement et aux candidats à l’Élysée de décréter l’urgence climatique pour transformer cette urgence en priorité politique concrète.
  • Ce décret devrait obliger l’État à mesurer chaque choix public à l’aune de ses impacts climatiques, de la rénovation des logements à la protection des territoires face aux canicules et aux inondations.
  • Les quatre signataires réclament des mesures vérifiables avec calendrier et financement, plutôt que des promesses vagues, et insistent sur une transition juste qui améliore aussi le quotidien des habitants.
  • En France, décréter l’urgence climatique n’aurait pas en soi de portée juridique contraignante automatique, contrairement à un état d’urgence sanitaire ou sécuritaire encadré par la loi.
  • Des villes et des conseils régionaux français ont déjà adopté des déclarations d’urgence climatique, mais leur effet dépend surtout des budgets et des documents d’urbanisme qui suivent.
  • L’enjeu porté par cet appel est moins le mot que les arbitrages concrets : transports, logement, eau et agriculture.
  • Juger les candidats, à l’approche d’une élection présidentielle, comparer les programmes sur leur calendrier, leur financement et leurs indicateurs reste le moyen le plus simple de juger ces engagements.

L’urgence climatique.

Le mot « urgence » est partout : dans les bulletins météo, les rapports scientifiques, les conversations après une nuit trop chaude. Pourtant, dans la vie publique, il semble souvent rester à la porte des décisions concrètes. Yann Arthus-Bertrand, Pierre Hurmic, Jean Jouzel et Laurence Tubiana veulent précisément briser cette routine politique, faite d’annonces lointaines et de calendriers qui glissent. Leur appel ne réclame pas une déclaration symbolique de plus. Il invite l’exécutif et les prétendants à l’Élysée à reconnaître officiellement que le dérèglement climatique doit guider les arbitrages de l’État, au même titre que la sécurité, l’emploi ou la santé. Le climat n’est plus un dossier parmi d’autres : il devient le décor de tous les autres.

Les scènes qui nourrissent cette demande ne sont plus exceptionnelles. Des communes imposent des restrictions d’eau, des agriculteurs regardent leurs récoltes souffrir, des écoles ferment lors de pics de chaleur et les services d’urgence voient arriver des patients fragiles, épuisés par des températures inhabituelles. Ces dernières années, la France a connu des périodes de sécheresse marquantes, des incendies spectaculaires et des épisodes caniculaires précoces ou prolongés. Chaque événement a son histoire locale : une rivière trop basse, une forêt évacuée, un appartement sous les toits devenu invivable. Pris séparément, ces faits peuvent sembler gérables. Mis bout à bout, ils racontent un pays déjà transformé par le réchauffement.

Décréter l’urgence climatique ne réglerait pas tout d’un trait de plume. Cette décision créerait néanmoins une obligation politique : mesurer chaque choix public à l’aune de ses conséquences sur les émissions, les ressources et la capacité des habitants à s’adapter. Les quatre personnalités signataires connaissent des univers très différents, de la photographie à la recherche, de la diplomatie climatique à la gestion municipale. Leur rapprochement n’a rien d’anodin. Il traduit l’idée que la réponse ne peut plus reposer sur les seuls écogestes ou sur la bonne volonté des collectivités.

Ce que l’urgence climatique changerait dans la vie publique

Une première action concrète consisterait à demander aux candidats de rendre publiques leurs mesures dès maintenant, avec un calendrier, un financement et des indicateurs vérifiables. Une promesse vague sur les transports propres ou la rénovation des logements ne permet à personne de juger le résultat. Les citoyens peuvent comparer les propositions sur quelques questions terre-à-terre : combien de logements seront réellement isolés chaque année ? Quels trains ou bus supplémentaires seront accessibles hors des grandes villes ? Comment les écoles, les hôpitaux et les quartiers populaires seront-ils protégés lors des canicules ? Cette méthode paraît moins spectaculaire qu’un grand discours, mais elle évite que l’urgence ne devienne un simple slogan de campagne.

L’erreur fréquente consiste à présenter l’écologie comme une punition réservée aux ménages ordinaires : payer plus cher, renoncer à se déplacer, culpabiliser à chaque achat. Cette vision nourrit la fatigue et la colère, parfois à juste titre. Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours, calculer l’empreinte carbone de chaque trajet, de chaque repas et de chaque facture. L’urgence climatique ne peut être acceptée que si elle améliore aussi le quotidien : des logements moins coûteux à chauffer, des transports fiables, des villes respirables, une alimentation de qualité accessible. Une transition juste se voit d’abord dans les rues, les factures et le temps gagné.

Jean Jouzel et Laurence Tubiana rappellent depuis longtemps que la science et la diplomatie ont déjà fourni une grande partie du diagnostic ; ce qui manque souvent, c’est la traduction politique à la hauteur. L’appel tient dans une phrase qui refuse l’attentisme : « Nous demandons au Premier ministre et aux candidats à la présidentielle de s’engager à décréter l’urgence climatique. »

Une décision politique, mais aussi un choix de société

Le débat sur l’urgence climatique dépasse largement les experts, les élus et les grands sommets internationaux. Il touche la manière dont chacun imagine son village, son travail, les vacances de ses enfants ou la santé de ses parents dans quinze ans. Décréter l’urgence ne signifie pas vivre dans la peur permanente. Cela revient à regarder la réalité sans détour et à cesser de traiter les dégâts comme des accidents isolés. Les signataires de l’appel demandent un geste institutionnel, mais leur message rejoint une attente plus intime : pouvoir croire que les responsables publics ont compris ce qui se joue. La présidentielle approche toujours avec son lot de petites phrases ; sur le climat, les électeurs peuvent exiger autre chose que des formules bien répétées.

Résumé de la tribune publiée dans le Monde du 21 septembre

Au final ce sont les citoyens qui décideront, ou pas de déclarer l’urgence climatique. Plus ils attendront, en favorisant les élus et responsables politiques climato-incompétents, plus ils souffriront dans la vie quotidienne. On ne peut échapper à l’évolution climatique, nous avons dérégler la machine, à nous de la réparer.

Urgence climatique

Témoignage réel
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