Une nouvelle enquête, de l’association foodwatch, menée sur soixante échantillons de thés, épices et riz commercialisés en Europe met en lumière une réalité préoccupante : des aliments importés du quotidien contiennent des résidus de pesticides interdits du fait de leur dangerosité pour la santé et l’environnement en Europe !
Sur 15 produits testés en France, 12 présentent des résidus de pesticides dont l’utilisation est interdite en Europe, et parfois jusqu’à 6 différents sur un même produit..
Sur 64 produits testés, 49 contiennent des résidus de pesticides
Foodwatch a détecté des résidus de pesticides interdits dans différents riz, thés et épices du quotidien. Plus de soixante produits vendus en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas ont été analysés à la recherche de pesticides non autorisés dans l’Union européenne.
Les analyses ont mis en évidence la présence de 54 résidus différents, dont 27 non-autorisés au niveau européen. Certains produits cumulent jusqu’à 22 résidus de pesticides différents !
Parmi les 15 produits français analysés, 12 sont contaminés par des résidus de pesticides qu’il est pourtant interdit de produire, utiliser et exporter en France. Toutes les épices (Albert Ménès, Ducros, Intermarché) et tous les thés (Carrefour, Leader price, Lipton, Monoprix, Twinings) testés sont contaminés par des résidus de pesticides, avec parfois un grand nombre de substances différentes sur un même produit.
Le record : le paprika doux moulu Ducros qui cumulent 18 résidus différents – dont 6 interdits, et du paprika doux moulu Bouton d’or (une marque d’Intermarché) qui en compte 14 – dont 5 interdits. A noter le riz Le Thaï de la marque Taureau Ailé dépasse les limites maximales de résidus légalement admises. L’ensemble des résultats a été transmis aux autorités avec deux demandes urgentes :
- Le retrait-rappel des deux produits qui dépassent les limites légales,
- La mise en place d’une limite maximale de résidus à 0 pour l’ensemble des pesticides non-autorisés en France.
Danger pour notre alimentation, concurrence déloyale pour les agriculteurs
Notre alimentation est contaminée par un cocktail de résidus de pesticides, même ceux interdits en Europe ces dernières années à cause dans leur dangerosité. On les appelle les “pesticides boomerang” : interdits parce que dangereux, ils continuent d’être exportés pour se retrouver ensuite sous forme de résidus dans nos aliments !
Ces résultats sont d’autant plus alarmants que la Commission européenne est sur le point d’adopter le projet “Food and Feed Safety Omnibus”, un retour en arrière inquiétant qui affaiblirait les règles sur les limites de résidus et les contrôles aux frontières, ainsi que les processus d’évaluation de sécurité des pesticides.
Si des produits susceptibles d’être produits en France, dans de bonnes conditions sanitaires, sont importés plein de pesticides, il y a non seulement un problème sanitaire mais aussi une concurrence déloyale vis-à-vis des agriculteurs français. Certes ils ne produisent pas du thé, ou du paprika, mais on fait du riz en Camargue, et d’autres produits, non testés par foodwatch, peuvent être contaminés. Il serait temps que les autorités contrôlent sévèrement les produits alimentaires importés, même en provenance de l'UE.
Exportés pour être importés
Interdits ici, pourtant exportés là-bas, puis importés ensuite… Ces résidus de pesticides ne sont pas là par hasard. Malgré un cadre juridique récemment renforcé en France, le phénomène boomerang continue, au détriment de la santé publique et de l’environnement.
Au niveau européen, la Commission européenne a promis de mettre fin à l’exportation des substances interdites en 2020, mais le processus législatif lancé en 2022 est au point mort. Alors qu’il conviendrait de mieux contrôler les produits et d’abaisser les limites maximales de résidus autorisés, la Commission européenne fait le chemin inverse, sans qu’aucun débat public constructif n’ait été organisé ni aucune analyse d’impact réalisée. Pourtant, les résultats de nos tests pointent un véritable trou dans la raquette en termes de contrôle et de protection des consommateurs et consommatrices.
La Commission européenne s’apprête à franchir une ligne rouge : avec son projet de “Food and Feed Safety Omnibus”, elle veut détricoter en une seule fois dix textes essentiels de sécurité alimentaire. Sous prétexte de « simplification », la…
Rappel sur les pesticides
Les pesticides ne sont pas des substances anodines : ce sont, par définition, des produits chimiques conçus pour tuer des organismes vivants. Cette toxicité intrinsèque représente souvent un danger pour la santé humaine, animale ou végétale.
Plusieurs enquêtes épidémiologiques évoquent un lien entre l’exposition à certains pesticides et le risque de développer des cancers et des maladies neurologiques. Certaines de ces substances sont par ailleurs suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, pour lesquels la dose ne fait pas forcément le poison, avec des effets possibles même à très faible dose. C’est le point central des résultats de notre enquête. De plus, aujourd’hui les risques liés à une exposition régulière même à faible dose sont mal ou peu pris en compte dans l’évaluation sanitaire des pesticides.
Plus de 20 résidus de pesticides différents ont été trouvés dans certains produits analysés. Toutefois, les pesticides sont évalués un à un, chaque limite admise par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) ne s’appliquant qu’à une substance prise individuellement. L’effet cumulatif de ces cocktails toxiques dans un même produit ou dans un même repas n’est pas pris en compte dans les études de risques, alors qu’il est pourtant largement documenté. Pourtant, les chercheurs alertent sur les potentiels risques de ce cocktail chimique auquel nous sommes exposés via notre environnement et notre alimentation chaque jour.