Recrudescence des incivilités, perte de sens, démissions en cascade lors du mandat précédent… La fonction de maire est de plus en plus complexe à exercer en France. Les émoluments des maires sont aussi bien plus bas que dans le reste de l’Europe.
Statistiques du mandat précédent
Depuis 2020, 2 189 maires (pour 34 958 communes) ont démissionné avant la fin de leur mandat, dont 41,7 % élus dans des communes de moins de 500 habitants. C’est un record : jamais une mandature n’avait connu autant d’abandons de la part des édiles français. Tensions politiques locales, épuisement physique et moral, désillusion par rapport à la fonction… Mais aussi complexité croissante des tâches. Les raisons de ces départs sont nombreuses.
Face à la complication du métier d’élu, leur rémunération ne suffit pas à les retenir. La moitié des maires français sont élus dans une commune de moins de 500 habitants, ce qui signifie qu’ils perçoivent une indemnité maximale d’environ 1 200 euros par mois, soit deux tiers du Smic mensuel brut. Pour un travail souvent à plein temps. D’où la surreprésentation des retraités dans la fonction : ils sont les seuls à disposer d’un revenu préalable.
Rappelons également que 37,6 % des élus municipaux dans les villes de moins de 1 000 habitants étaient des femmes, après les élections municipales de 2020.
Dans le reste de l’Europe
En Espagne, un barème, fixé par la loi, prévoit une rémunération différente en fonction de la taille de la commune et de l’investissement du maire. Dans les plus petites municipalités, on considère que les édiles ne travaillent qu’à temps partiel et touchent une indemnité maximale d’environ 30 000 euros par an (soit 2 500 € par mois). Cette rémunération grimpe par paliers : les maires de Bilbao et de Madrid touchent ainsi plus de 110 000 euros par an, soit environ 20 000 euros annuels de plus que… le Premier ministre espagnol.
En Italie, une crise des vocations est apparue vers la fin des années 2010,. Par ailleurs, les missions des élus locaux italiens se sont fortement accrues et, dans les plus petites municipalités, le maire était rémunéré bien en dessous du salaire minimum. Une réforme amorcée en 2021 a permis d’augmenter ces niveaux de rémunération d’environ 50 %. Aujourd’hui, un maire italien touche entre 2 000 € (pour les plus petites communes) et 14 000 € par mois (pour les grandes métropoles).
Aux Pays-Bas, les maires ne sont pas élus par leurs concitoyens, mais nommés par l’administration centrale sur proposition du Conseil municipal. Concrètement, une offre est diffusée par la Couronne à destination des candidats potentiels, avec un salaire établi, en général très élevé : de 6 500 € à 12 200 € par mois en fonction de la taille de la commune. Les édiles locaux disposent aussi d’une enveloppe de 412 euros mensuels pour les frais, d’une prime de 8 % pour les vacances et d’une prime de 9,8 % en fin d’année.
En Pologne, la grille de salaires des maires polonais est particulièrement resserrée : l’indemnité maximale oscille entre 2600 € et 2730 € peu importe la taille de la commune. À cette indemnité, il est possible d’ajouter une enveloppe supplémentaire de 800 à 880 euros pour compenser les frais des édiles. Le maire de Varsovie dispose d’un statut particulier et d’une rémunération à peine supérieure à ces plafonds.
En Allemagne, le barème de rémunération des maires est une prérogative des Lander. Il existe une grande disparité d’un Land à l’autre, mais environ 8 000 des 11 000 maires allemands ne perçoivent aucun salaire pour leur mission. Ils doivent alors se satisfaire d’une enveloppe pour frais de mandat souvent dérisoire : dans le Brandebourg, elle oscille entre 320 euros par mois pour les communes de moins de 500 habitants, à 2 120 euros pour celles qui en comptent plus de 10 000, le maire allemand est particulièrement mal traité !
Revaloriser les émoluments des maires et favoriser la démocratie
Le maire est l’équivalent d’un patron de TPE, de PME voire d’entreprises plus importantes pour les grandes villes. Il est logique que son revenu soit fixé par un barème (comme en Espagne) qui tienne compte de la taille et des difficultés de la commune (étendue…). Cette rémunération pourrait être prise en charge directement par l’état (y compris pour les adjoints), sans influence sur la dotation (DGF) de la commune. Elle devrait tenir compte des indemnités des syndicats communaux et autres intercommunalités.
En revalorisant la fonction de maire, on permet à tous les citoyens de l’assumer sans perte financière. En modifiant également la loi électorale (retour au panachage, possibilité de liste incomplète mais paritaire) on réanimera la démocratie locale.
Près de 75 % des communes n’avait qu’une liste unique, où était alors le débat démocratique ?